05 Février 2026

La surreprésentation significative des femmes dans les condamnations à perpétuité fait l'objet d'un examen.

Par Patricia Ortiz Estévez, membre du Service d'orientation et d'assistance juridique des prisons de Valladolid.

Dix ans se sont écoulés depuis que le législateur espagnol a intégré la réclusion à perpétuité avec possibilité de révision (ci-après, RPR) dans le Code pénal, en guise de réponse pénale aux crimes les plus graves. Depuis lors, le débat juridique s'est principalement concentré sur sa constitutionnalité et sa compatibilité avec le principe de réinsertion sociale énoncé à l'article 25.2 de notre Constitution. Toutefois, l'expérience acquise durant cette période nous permet aujourd'hui de recentrer le débat et de formuler d'autres questions, moins abstraites et plus humaines :

À qui cette punition est-elle réellement appliquée ? Quel avenir leur reste-t-il ? À quoi bon promettre une révision de peine à quelqu’un qui sait qu’il finira ses jours derrière les barreaux ?

L'analyse de toutes les peines prononcées depuis l'introduction du régime de la libération conditionnelle permanente (LCP) jusqu'à fin 2024 permet d'appréhender cette réalité par des calculs statistiques et de porter un regard critique sur une sanction qui, dans bien des cas, frappe des vies marquées par la solitude, la fragilité et la perte de soutien affectif. Les données mettent en évidence, d'une part, l'impact de l'âge avancé sur l'exécution de la LCP et, d'autre part, les difficultés spécifiques que pose cette peine lorsqu'elle est infligée à des femmes.

Une personne condamnée à une peine de prison partielle permanente (PPP) doit purger une peine minimale d'emprisonnement avant que sa peine puisse être réexaminée, cette peine variant de 25 à 35 ans selon la gravité de l'infraction. Cependant, lorsqu'elle atteint l'âge de 70 ans, elle peut être considérée comme un détenu de troisième catégorie et bénéficier d'une libération conditionnelle, indépendamment de la durée de sa détention. Juridiquement, ce système offre un traitement plus souple aux personnes âgées ; toutefois, la pratique judiciaire montre que cette protection est rarement appliquée dans le cadre de la PPP.

L'analyse des résolutions rendues jusqu'à présent révèle une forme de discrimination négative à l'égard des personnes condamnées à la PPR, dans la mesure où elles sont tenues de remplir les mêmes conditions que le reste des détenus pour accéder aux avantages pénitentiaires — soutien familial et social, ressources économiques ou réelles perspectives d'intégration —, alors même que le passage de décennies en prison a précisément érodé ces liens et ces ressources.

Atelier professionnel pour les femmes incarcéréesLes données montrent également que les personnes condamnées à la PPR ne correspondent pas à un profil criminologique homogène et que certains groupes, notamment les femmes condamnées pour des crimes commis dans le cadre familial, soulèvent de sérieux doutes quant à la proportionnalité de la peine et à l'efficacité réelle du réexamen de la peine.

Bien que les femmes ne représentent que 7 % de la population carcérale en Espagne et commettent beaucoup moins de crimes que les hommes, leur présence parmi les personnes purgeant ou risquant une peine de prison dépasse 20 % : 15 femmes contre 49 hommes sur un total de 64 cas analysés. D’un point de vue juridique, ce chiffre est significatif compte tenu de la nature des crimes pour lesquels elles sont condamnées et des circonstances personnelles et sociales qui accompagnent souvent ces affaires, notamment les meurtres de personnes particulièrement vulnérables, comme les mineurs ou les personnes âgées dépendantes.

Les affaires impliquant des femmes présentent des dynamiques distinctes de celles généralement observées en détention provisoire, étant davantage liées aux relations familiales, à la maternité et à des situations de vulnérabilité particulière qu'à des violences graves et répétées. On distingue trois grands groupes : les femmes condamnées pour filicide (lorsqu'elles assassinent leurs propres enfants ou ceux de leur conjoint), celles qui tuent leur conjoint et celles qui ôtent la vie à des adultes particulièrement vulnérables avec lesquels elles vivent et dont elles ont la charge.

Dans de nombreux cas, les crimes commis par des femmes se produisent au sein même du foyer, dans le cadre de relations d'aide, de dépendance et de cohabitation prolongée. La violence se conjugue alors avec le rôle socialement assigné aux femmes en tant que soignantes, et cette intersection influence profondément la réponse du système judiciaire, introduisant un biais structurel dans l'application des sanctions. Le foyer, traditionnellement associé à la féminisation, devient un lieu particulièrement ciblé par le droit pénal.

L'un des cas qui illustre le mieux ces tensions est celui des femmes condamnées pour la mort de leur nouveau-né. Ces affaires impliquent souvent des circonstances extrêmes : grossesse dissimulée, accouchement sans assistance médicale, isolement social, précarité économique et forte pression psychologique. Durant la pandémie de COVID-19, la peur, les restrictions de déplacement et les difficultés d'accès aux soins sont venues s'ajouter à cette situation. Tout cela témoigne de parcours de vie marqués par la vulnérabilité, et non par une dangerosité intrinsèque. Or, la réponse du système de justice pénale est la plus sévère, conçue pour les infractions particulièrement violentes et répétées.

D'un point de vue technique, les peines sont juridiquement fondées. Le problème réside non seulement dans l'infraction elle-même, mais aussi dans ce qui est omis : la santé mentale de l'accusé est à peine prise en compte, de même que des facteurs tels que la pression situationnelle, la dépendance économique ou l'impossibilité réelle d'obtenir de l'aide ne sont pas suffisamment considérés. L'emprisonnement partiel permanent (APP) ne permet pas que ces circonstances personnelles soient effectivement prises en compte dans la sentence, contrairement aux peines à durée déterminée.

Il en résulte que les situations extrêmes se voient imposer une réponse pénale d'une rigueur absolue. Pour nombre de ces femmes, la perspective d'un réexamen ultérieur n'est qu'une vaine promesse : elles y parviennent sans soutien, le cœur brisé, après des années d'enfermement qui rendent toute réinsertion véritable impossible. La punition cesse alors d'être un instrument de réhabilitation et se mue en un enfermement jusqu'à l'épuisement biologique.

La question fondamentale n'est pas de savoir si les actes sont graves, ce qui est le cas, mais si une peine proche de la perpétuité constitue une réponse juste pour des femmes ayant agi dans des circonstances extrêmes et exceptionnelles. Et surtout, si un système pénal se prétendant axé sur la réhabilitation peut autoriser des peines qui, dans les faits, anéantissent toute possibilité de réinsertion et condamnent des individus à la prison à vie.

Et là où il n'y a pas de seconde chance, il ne peut y avoir d'espoir.

D'après le livre «Personnes âgées et femmes condamnées à la prison à vie avec possibilité de révision. Chronique d'un horizon sombre. par José Núñez Fernández.

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