27 Février 2024

Bulle d’intelligence artificielle dans le secteur juridique ?

Par Jordi Estalella
TWITTER @jordistalella

Ces derniers mois, nous avons assisté à une prolifération d’outils et de solutions d’intelligence artificielle (IA) visant à révolutionner la pratique juridique, de l’automatisation des tâches courantes à la prédiction des résultats judiciaires. Même si ces avancées promettent d’améliorer l’efficacité, la question se pose inévitablement : sommes-nous confrontés à une bulle d’IA dans le secteur juridique ?

Pour comprendre ce phénomène, il est essentiel d’analyser les attentes excessives entourant l’IA et de les contraster avec la réalité actuelle de sa mise en œuvre dans le domaine juridique. L’espoir que l’IA puisse non seulement automatiser des tâches, mais aussi prendre des décisions complexes et fournir des conseils juridiques a conduit à des investissements importants dans cette technologie. Cependant, la capacité réelle de l’IA à tenir ces promesses jette plus d’ombres que de lumière.

L’espoir que l’IA transformera radicalement le secteur juridique a été alimenté par le succès de certaines applications. Ces applications ont démontré la capacité de l’IA à effectuer des analyses de documents à grande échelle, à prédire l’issue d’un litige et à automatiser la rédaction de documents juridiques. Dans l’ensemble, la réalité est que la plupart de ces outils se concentrent sur des tâches spécifiques et limitées. L’intelligence artificielle en est encore à ses débuts en termes de compréhension contextuelle, de raisonnement éthique et d’adaptation à la complexité du raisonnement juridique.

En ce sens, la loi d’Amdahl offre une perspective critique et nuancée qui mérite considération. Cette loi, formulée par Gene Amdahl dans les années 1960, établit un principe fondamental dans le domaine de l’informatique et de la conception de systèmes, mais son application peut être étendue à la mise en œuvre de l’IA dans la pratique juridique.

La loi d'Amdahl aborde la limite théorique d'amélioration des performances d'un système lorsque seule une partie de celui-ci est optimisée. En termes simples : si nous améliorons seulement une partie d’un système en appliquant l’intelligence artificielle, par exemple en automatisant certaines tâches d’un contrat, le changement dans la performance totale (le processus de gestion du contrat) ne sera pas si important. En effet, les parties du processus qui ne sont pas ou ne peuvent pas être améliorées par la technologie limiteront les améliorations possibles du système dans son ensemble.

Cette limitation n’a cependant pas arrêté la frénésie de l’IA. L’enthousiasme suscité par son potentiel a conduit à une vague d’investissements dans des startups et des entreprises proposant des solutions d’IA pour les cabinets d’avocats et les services juridiques. Cet investissement a été motivé par deux facteurs : premièrement, la crainte d'être laissé pour compte dans la course technologique, et deuxièmement, par la promesse d'efficacités et d'avantages significatifs. Cependant, ce boom des investissements risque de générer une bulle dans laquelle les valorisations des entreprises de technologie juridique gonflent au-delà de l’utilité effective de leurs produits, ou elles donnent la priorité aux développements de l’IA avant les fonctionnalités essentielles ou de base qui fourniraient une plus grande utilité marginale aux avocats.

La mise en œuvre de l’IA dans la pratique juridique présente des défis importants. La résistance au changement au sein de la profession, la nécessité d’une intégration complexe avec les systèmes existants et les préoccupations concernant la confidentialité et la sécurité des données ne sont que quelques-uns des obstacles à surmonter. De plus, l’IA nécessite de grands volumes de données pour former des modèles efficaces, et dans le secteur juridique, où la confidentialité est primordiale, cela peut s’avérer une ressource rare.

Un autre risque associé à la bulle IA est la dissonance cognitive concernant sa capacité à imiter le jugement humain. L’IA peut fournir de précieux outils d’analyse et d’automatisation, mais elle ne peut pas remplacer un raisonnement humain complexe, en particulier dans les cas impliquant des nuances éthiques ou des interprétations créatives de la loi. Une dépendance excessive à l’égard de l’IA pourrait entraîner une érosion des compétences essentielles et une capacité réduite à traiter efficacement des cas complexes.

Pour éviter les dangers d’une bulle de l’IA, le secteur juridique doit adopter une approche équilibrée à l’égard de la technologie. Cela implique de favoriser un esprit critique quant aux capacités réelles de l’IA, de mettre en œuvre la technologie d’une manière stratégique qui complète le jugement humain et de maintenir une attitude ouverte envers l’innovation continue. La formation et le développement des compétences en IA des professionnels du droit seront également essentiels pour tirer le meilleur parti des opportunités offertes par cette technologie sans tomber dans l’hyperinflation des attentes.

En conclusion, même si l’intelligence artificielle a le potentiel de transformer le secteur juridique, il est crucial de l’aborder avec un mélange d’enthousiasme et de sain scepticisme. Reconnaître les limites actuelles de l’IA et se concentrer sur sa mise en œuvre stratégique peut contribuer à éviter la formation d’une bulle et garantir que la technologie tient sa promesse d’améliorer la pratique juridique de manière efficace et éthique.

Note: J'ai écrit et révisé des parties de cet article avec l'aide de ChatGPT.

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