12 Février 2026
Vol d'identité numérique et personnalités publiques
Par Fran Peláez, avocat et associéou directeur de Technologie pénale.
L'essor des réseaux sociaux a radicalement transformé la manière dont les individus construisent et projettent leur identité publique. Cela est particulièrement vrai pour les personnalités célèbres ou connues du public (artistes, athlètes, journalistes, etc.). influenceurs ou des personnages de télévision), le identité numérique Elle est devenue un atout essentiel, étroitement lié à la réputation, à l'activité professionnelle et, dans de nombreux cas, à la principale source de revenus. Cependant, cette exposition constante dans l'environnement numérique a également créé un terrain fertile pour les activités criminelles, parmi lesquelles on peut citer les suivantes : usurpation d'identité sur les réseaux sociaux.
Le vol d’identité numérique n’est pas un phénomène nouveau, mais il a pris une dimension qualitativement différente avec l’essor de plateformes telles que Instagram, X (Avant Twitter), Facebook, Tinder o TikTokAujourd'hui, créer un faux profil L'utilisation du nom, de l'image ou de la ressemblance d'une personne célèbre est techniquement simple, rapide et, dans de nombreux cas, difficile à tracer. De plus, les dommages peuvent être amplifiés par les messages, les publicités ou les interactions avec des milliers d'utilisateurs en quelques minutes, engendrant un préjudice qui dépasse le cadre individuel et atteint une dimension publique et réputationnelle difficilement réparable.
D'un point de vue juridique et pénal, l'usurpation d'identité sur les réseaux sociaux pose des problèmes considérables. Pendant des années, ce type de comportement a opéré dans une zone grise, ce qui a nécessité l'application des infractions pénales traditionnelles, telles que… escroqueriele crimes contre l'honneur o usurpation de l'état civilaux réalités numériques pour lesquelles elles n'ont pas été initialement conçues. Ce n'est que relativement récemment que le législateur espagnol a commencé à apporter des réponses plus précises, bien que des lacunes d'interprétation et des difficultés pratiques d'application persistent.
La prévalence particulière de ce phénomène chez les personnes célèbres s'explique par plusieurs facteurs. Premièrement, leur degré élevé de reconnaissance publique Cela permet aux tiers de croire plus facilement à l'authenticité des faux profils. Deuxièmement, confiance La confiance que les internautes accordent à ces personnalités publiques accroît l'efficacité des comportements frauduleux lorsque l'usurpation d'identité est utilisée à des fins économiques, publicitaires ou de manipulation. Enfin, daño réputationnelle Le préjudice subi par une personne célèbre a un impact immédiat sur sa carrière professionnelle, son image publique et sa crédibilité, multipliant ainsi les conséquences de l'acte criminel.
En Espagne, de nombreuses personnalités ont publiquement dénoncé le vol d'identité dont elles ont été victimes sur les réseaux sociaux. L'un des exemples les plus récents et les plus médiatisés est celui de… Lolita FloresL'artiste a alerté ses abonnés de l'existence de faux profils utilisant son image et sa voix pour promouvoir de prétendus produits de santé miraculeux. Elle a dénoncé non seulement l'usurpation de son identité, mais aussi le risque que des tiers soient trompés et croient que ces publicités bénéficiaient de son soutien personnel.
Le cas de l'acteur est similaire. Arturo García SanchoL'acteur a signalé la création de profils usurpant son identité pour contacter des utilisateurs et leur soutirer de l'argent, exploitant ainsi sa notoriété télévisuelle. Il a dû lui-même préciser publiquement quels étaient ses seuls comptes officiels, mettant en lumière une pratique de plus en plus courante : la nécessité pour les victimes de devenir des acteurs de la prévention face à la passivité ou à la lenteur des plateformes elles-mêmes.
Des incidents importants se sont également produits dans le domaine sportif. En effet, début octobre, le footballeur d'Elche Marc Aguado Il a signalé à la Police nationale l'existence de faux comptes diffusant des messages portant atteinte à son honneur et à sa carrière professionnelle. De même, des personnalités de haut rang telles que… Rafael Nadal Ils ont mis en garde contre l'utilisation des technologies d'intelligence artificielle pour générer de fausses vidéos et de faux messages les usurpant à des fins manifestement frauduleuses, notamment en lien avec arnaques à l'investissement.
Ces exemples démontrent que l’usurpation d’identité sur les réseaux sociaux n’est pas un phénomène isolé, mais un problème structurel au sein de l’écosystème numérique actuel, touchant particulièrement les personnalités publiques. Face à cette réalité, il est essentiel d’analyser la réponse apportée par le système juridique espagnol et d’en évaluer la pertinence.
D'un point de vue constitutionnel, la protection contre l'usurpation d'identité repose sur le article 18 de la Constitution espagnolequi garantit le droit à l'honneur, au respect de la vie privée et familiale, et au droit à l'image. Bien que la Constitution Il ne fait pas explicitement référence à l'identité numérique.La doctrine et la jurisprudence reconnaissent que ces droits fondamentaux s'étendent pleinement à l'environnement en ligne, obligeant les autorités publiques à garantir leur protection effective également sur les réseaux sociaux.
En matière pénale, la réponse juridique a traditionnellement été fragmentée. Pendant des années, l'usurpation d'identité sur les réseaux sociaux a été poursuivie indirectement, par le biais d'infractions telles que la fraude, l'atteinte à la vie privée ou l'usurpation d'identité au sens de l'article 401 du Code pénal. Cette dernière disposition, initialement conçue pour les cas d'usurpation d'identité « classique », a été appliquée de manière restrictive par les tribunaux, exigeant une appropriation complète et durable de l'identité d'autrui, ce qui excluait de nombreux cas d'usurpation d'identité numérique.
Une avancée significative a eu lieu avec la réforme du Code pénal menée par le Loi Organique 10 / 2022, du 6 septembre (communément appelée la « loi du oui seul veut dire oui »), qui a expressément introduit la possibilité de sanctionner l'utilisation non consensuelle de l'image d'une personne ouvrir de faux profils sur les réseaux sociaux Lorsque de tels agissements créent une situation de harcèlement, d'intimidation ou d'humiliation, ce nouveau cadre permet une réponse pénale mieux adaptée à la réalité numérique, notamment lorsque l'usurpation d'identité n'a pas pour seul but un gain financier, mais vise également à nuire, ridiculiser ou perturber gravement la victime.
Toutefois, au vu des cas concrets cités précédemment, il apparaît clairement que l'application pratique de ces infractions pénales continue de poser problème. Tout vol d'identité n'est pas automatiquement un délit. La simple création d'un faux profil, sans autre activité préjudiciable associée, peut échapper au champ d'application du droit pénal et ne donner lieu qu'à… responsabilités civiles ou administrativesCette frontière floue exige une analyse rigoureuse au cas par cas, dans laquelle il est essentiel de prouver le préjudice spécifique causé à la victime et l'intention de l'auteur.
A cela s'ajoute le complexité des preuves Les crimes commis dans l'environnement numérique présentent des difficultés inhérentes. Bien que notre cabinet d'avocats, spécialisé en cybercriminalité, soit relativement habitué à traiter avec des professionnels étroitement liés aux nouvelles technologies (ingénieurs en IA, data scientists, spécialistes en cybersécurité et développeurs de logiciels), il est important de reconnaître que l'identification de l'auteur est souvent complexifiée par l'utilisation de profils anonymes, de serveurs étrangers, de VPN ou d'outils automatisés. L'obtention et la conservation des preuves numériques exigent des compétences techniques pointues et une grande réactivité, car de nombreux contenus peuvent disparaître en quelques heures. Dans ce contexte, la collaboration avec les plateformes de médias sociaux et la protection adéquate des preuves numériques sont des éléments clés pour le succès de toute poursuite pénale.
Les conséquences juridiques Les conséquences de l'usurpation d'identité sur les réseaux sociaux peuvent être importantes. Selon la gravité des actes et les autres infractions commises, l'auteur peut encourir des peines d'emprisonnement, des amendes et, le cas échéant, l'obligation d'indemniser la victime pour le préjudice subi, notamment en cas d'atteinte grave à sa réputation ou à sa dignité. Dans le cas des célébrités, ces indemnisations peuvent atteindre des sommes considérables, compte tenu de l'impact public du préjudice.
Ainsi, si l'usurpation d'identité concerne une personne célèbre, La quantification des dommages moraux peut être considérablement augmentée.Prenons, par exemple, le cas d'un acteur bénéficiant d'une forte présence médiatique dont l'identité est usurpée. Instagram envoyer des messages offensants ou solliciter de l'argent auprès de leurs abonnés. Bien que le comportement matériel puisse être similaire à celui subi par une personne anonyme, le préjudice est différent ; autrement dit, l'auteur sera contraint de nier publiquement les faits, subira une perte de confiance de la part de son public, et Leur image professionnelle aux yeux des producteurs ou des marques pourrait même en être affectée.Dans un tel cas, l'indemnisation pour préjudice moral ne se limiterait pas à quelques milliers d'euros, mais pourrait atteindre des montants nettement plus élevés, précisément parce que l'ampleur du préjudice est déterminée par la notoriété publique de la victime et la diffusion massive du faux profil.
En bref, l'usurpation d'identité sur les réseaux sociaux visant des personnalités publiques constitue l'un des défis les plus complexes du droit pénal contemporain. La combinaison de la technologie, de l'anonymat et de la médiatisation du préjudice exige une approche adaptée. réponse juridique spécialiséeCe domaine allie la rigueur du droit pénal à une connaissance approfondie de l'environnement numérique. Pour les avocats spécialisés en droit pénal et en cybercriminalité, il représente un champ d'expertise de plus en plus pertinent, où la protection de l'identité numérique est devenue un prolongement naturel de la protection des droits fondamentaux traditionnels.




